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La radio de la communauté de l'Université Libre de Bruxelles

Création radiophonique – 15/06/2020 – 16h – Tropique du Cancer – Michel Bernard

TROPIQUE DU CANCER
fiction radiophonique
Texte Vinciane Moeschler
Réalisation Michel Bernard
avec
Raphaëlle Bruneau
Micheline Goethals
Janine Godinas
Elise Miroir
Gaël Soudron
Musique / Mixage / Enregistrement Stéphane Wertz
Montage des voix Delphine Dupont
timing: 47 minutes
une production Unités / nomade
avec l’aide du F.A.C.R.
(Fond d’Aide à la Création Radiophonique de la Fédération Wallonie Bruxelles)

Ma meilleure amie a le cancer.
Ma meilleure amie n’est pas Madame tout le monde. C’est ma meilleure amie.
Ça n’arrive pas qu’aux autres. Ces trucs-là.
Une femme, appelée Elle dans la pièce, a un cancer du poumon. Son amie,
écrivaine, décide de raconter le parcours de cette femme qui choisit de se battre contre la maladie. La pièce se construit comme un dialogue entre ces deux amies, puis avec les autres personnages : la mère, la fille, la sœur, le docteur, l’infirmière, la vieille dame. Et puis, lorsqu’à la fin Elle semble en voie de rémission, les bras lui en tombent, contre quoi va-t-elle maintenant lutter ? Elle n’a aucune envie de retourner à sa vie fade d’avant, si bien qu’elle déprime et sa santé se détériore. Et par un jeu de miroir, nous apprenons qu’en réalité c’est le personnage de la femme écrivaine qui est malade du cancer et que le personnage de l’amie n’existe pas, qu’il s’agissait en fait d’un dispositif pour raconter son histoire. Et au moment où nous la découvrons, elle est déjà morte, partie dans ce pays dont tout le monde parle, mais dont personne n’est revenu.

On se moque du crabe. Il faut valoriser la vie avant tout. Raconter le cancer, une fois de plus, à l’infini. Le détourner de sa figure oppressive, faire ressurgir la pulsion de vie. Ecrire, pour donner une liberté à l’espoir. Ecrire pour échapper à la tentative de renoncer au combat.
Ce texte est une complicité à deux voix.
Deux voix qui se chevauchent.
Elle qui se bat. Moi qui retranscrits, qui prolonge, qui dépasse, qui mets en mots une vie.
Les deux femmes découvrent que le cancer provoque des réactions diverses : entre la douleur, la stupéfaction et le rire, que la reconnaissance de la présence du « crabe » exacerbe les sentiments, les émotions et les joies.
J’ai voulu montrer aussi l’ironie, l’audace de l’ironie… parce que quiconque qui a déjà été confronté à cette maladie, sait qu’il faut par moment choisir l’ironie plutôt que le désenchantement. Ainsi entre les deux femmes, se tisse mille regards sur les changements physiques, corporels, mentaux, sur le sentiment de cette mère confronté à la solitude de sa fille si elle décédait, l’univers hospitalier, l’univers économique de la maladie. La solitude qu’elle provoque.
C’est cela, faire trope, changer le réel avec les mots.
Prendre la forme et lui donner un autre contour. Prendre le cancer et le mener à la mer.
Tropique du cancer… catachrèse du crabe…
Sartre parlait de son homard quand il était oppressé. Dolto du complexe du
homard pour la transformation des jeunes en adolescents… Les crustacés et cet imaginaire étrange : le danger et la mutation.
Finalement, n’est-ce pas ici plutôt l’histoire d’une amitié que celle d’un cancer ?
Le titre est volontairement emprunté au plus jouissif des écrivains américains.


Vinciane Moeschler et Michel Bernard

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