EXTRAIT :
Bref détour historique.
La fonction d'assistante.e social.e en Belgique et en France est née des suites de la Révolution industrielle, lorsque l'État décida de prendre le relai des actions caritatives menées d'abord par l'Église puis par les " dames patronnesses " issues de la bourgeoisie propriétaires des usines. S'occuper ainsi des plus pauvres est sans doute une manière de faire respecter certains prescrits moraux, mais surtout d'apaiser la colère des masses laborieuses et d'éviter une révolution comme en Russie en 1917. Le mécanisme est et reste toujours le même : individualiser autant que possible les difficultés en les réduisant aux coup du sort frappant chaque histoire personnelle, plutôt que comme la résultante de choix politique, économiques et sociaux affectant lourdement les trajectoires de vie d'un grand nombre de personnes.
Le métier d'assistante sociale s'est ainsi retrouvé à la fois dans la continuité et dans la rupture de cet héritage. Dans la continuité, car il s'agissait bien d'aider et de contrôler les pauvres, en n'hésitant pas à s'immiscer dans leur intimité et à préconiser ou prendre une série de décisions, y compris à l'encontre du souhait des individus et des familles. Dans la rupture car, en instituant de nouvelles professions (assistante sociale, éducateur, animateur socioculturel) et en ouvrant la voie à une forme de sécularisation (ces professions agissant désormais dans un cadre plus étatique), on a permis la création d'identités professionnelles, puis l'émergence d'une éthique et d'une déontologie, à l'image des professions du soin. L'adoption d'une position plus indépendante et critique va de pair avec une vision plus émancipatrice du travail social, plus seulement recentré sur les prescrits normatifs de la société, mais aussi sur les besoins des personnes elles-même...
Pour en discuter : TIFFANY MOERMAN - directrice d'Espace Social Télé-Service (Bruxelles). Elle développe des pratiques de travail social bas seuil, au croisement du clinique, du collectif et des enjeux d'accès au droit.
SOPHIE ROOS - coordinatrice à Espace Social Télé-Service et développe des pratiques d'accueil bas seuil entre travail de terrain, coordination d'équipe et expression collective.
JUSTINE VLEMINCKX - anthropologue et assistante sociale de formation et depuis plusieurs années est chercheuse intervenante à la Fédération des Services Sociaux.
LOTTE DAMHUIS - sociologue et chargée de recherche à la Fédération des Services Sociaux.
ILLUSTRATION DU CARNET DES ÉDUCATEURS 2024 : Les Carnets 2024 : Quand les éducateurs parlent aux éducateurs. La peinture a été réalisée par Pascale Vincke. L'oeuvre est exposée au musée du Dr Guislain à Gand.
La septième édition des Carnets des éducatrices et éducateurs vient d'être publiée par l'ASBL Rhizome. En 440 pages, ces carnets brossent le portrait de ce métier de l'humain et tout ce qui l'entoure. Il s'agit d'un outil réalisé par et pour les professionnel.les de terrain d'aujourd'hui et de demain.