Rendez-vous à la gare du midi - dimanche 05 avril 2026 - à 14h00 avec Mourad l'auteur du texte ci-dessous :
" Bruxellles-Midi : immersion dans la toxicomanie visible
Autour de la gare du Midi, la toxicomanie visible cristallise des enjeux complexes : urgence sanitaire, pression sécuritaire et coordination fragile entre acteurs publics et associatifs.
Il est 6h58.
Le parvis de la Gare de Bruxelles-Midi s’éveille lentement.
Les premiers trains arrivent.
Les premiers voyageurs aussi.
Mais sous le pont, à quelques dizaines de mètres à peine, la nuit n’a jamais vraiment disparu.
Un homme est assis contre un mur.
Une pipe encore chaude dans la main.
7h12
Deux agents de Securail passent.
Regard rapide.
Ils connaissent les visages.
— « Bonjour. »
Pas de réponse.
Ils continuent.
Leur rôle est clair :
présence, prévention, signalement.
Mais pas intervention médicale.
7h25
Une équipe de maraude arrive.
Gants.
Sac à dos.
Regard attentif.
— « Tu tiens le coup ? »
L’homme hoche la tête.
Ils lui tendent :
• du matériel stérile
• une bouteille d’eau
• une possibilité : venir dans un centre
— " On est là si tu veux. "
Il ne bouge pas.
Mais il écoute.
Prévenir sans illusion
Depuis 2022, à quelques rues de là, une salle existe.
Un lieu discret.
Encadré.
Pensé pour éviter le pire.
Des usagers entrent.
Consomment.
Sous supervision.
Sans mourir seuls.
Sans le faire dans la rue.
Objectif :
• réduire les overdoses
• limiter les scènes ouvertes
• recréer du lien
9h03
À l’intérieur, une infirmière observe.
— « Ici, on sauve des vies. Mais on ne règle pas tout. »
Elle note un prénom.
Un visage.
Un suivi.
Parfois, ça marche.
Parfois, ils ne reviennent jamais.
Réprimer sans relâche
10h17
À l’extérieur, l’ambiance change.
Deux véhicules de la Police fédérale belge arrivent.
Avec eux, la police des chemins de fer.
Contrôle.
Fouille.
Tension.
— « Carte d’identité. »
Un homme hésite.
Puis sort ses papiers.
Un autre prend la fuite.
Rattrapé 20 mètres plus loin.
Dans une poche :
• quelques doses
• de l’argent
• un téléphone
Objectif :
désorganiser.
Dissuader.
Occuper le terrain.
Mais une heure plus tard, d’autres sont déjà là.
Parce que le marché ne disparaît pas.
Il se déplace.
Coordonner dans la complexité
11h42
Réunion discrète.
Autour de la table :
• police locale
• police fédérale
• responsables SNCB
• travailleurs sociaux
Chacun a sa réalité.
Chacun a ses limites.
— « On ne peut pas tout gérer seuls. »
— « Si on ne fait que déplacer le problème, ça ne sert à rien. »
— « Il faut du suivi, pas seulement du contrôle. »
Sur le terrain, la coordination est permanente :
• Securail observe et signale
• la police intervient et sécurise
• les associations accompagnent
Parfois, les logiques s’opposent.
Arrêter.
Ou orienter.
Expulser.
Ou soigner.
Entre deux mondes
13h08
Sous le pont, l’homme de ce matin est toujours là.
Mais quelque chose a changé.
Il tient une carte.
Un rendez-vous.
— « Ils m’ont dit de venir demain. »
Ce n’est pas une solution.
Pas encore.
Mais c’est une ouverture.
Une réponse à trois piliers
Autour de la gare du Midi, la lutte contre la toxicomanie repose sur un équilibre fragile :
Prévention
réduction des risques
• accompagnement social
• travail de rue
Répression
• contrôles policiers
• démantèlement de réseaux
• présence dissuasive
Coordination
• collaboration entre services
• partage d’information
• lien avec le secteur associatif
Aucun de ces piliers ne suffit seul.
18h26
Le soir tombe.
Les flux changent.
Les visages aussi.
Les voyageurs rentrent chez eux.
D’autres arrivent.
Dans l’ombre, le cycle continue.
Parce qu’ici, à la gare du Midi, deux réalités coexistent :
Une ville qui passe.
Et une autre qui reste.
Et entre les deux,
une question persiste :
combien de temps peut-on tenir sur cet équilibre ? "
PHOTO : Bruxelles la capitale de l'Union européenne - Gare du Midi - avril 2026 -