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IL VA DE SOI QUE MÊME NOTRE IMAGINATION EST COLONISÉE, CAPTURÉE, INFECTÉE.

Vendredi 20 mars 2026 à 16:00
Micro Ouvert, Magazine, Vendredi 16:00 - 17:00
Alice Mortiaux qui s'est occupée de la postface du livre de Bruno Latour : Pourquoi la critique est-elle à court de carburant ? me recevait chez elle pour une entrevue.
 
Ici, un extrait de Didier Debaise qui lui, en a fait la préface :
 
La pensée de Latour n'a d'autre objet que le monde des Modernes, son invention, sa place et les puissances dévastatrices qui l'animent.
 
Ainsi, on ne l'a peut-être pas saisi avec la force qui convient, mais ces enquêtes ont toujours été, de fond en comble, politiques.
 
Certes, les textes à vocation explicitement politiques ( tels que Politiques de la nature, Où atterrir ? ou encore Mémo sur la nouvelle classe écologique) sont relativement peu nombreux, en contraste avec l'ensemble de l'oeuvre.
 
Mais qu'on ne s'y trompe pas ; même dans les travaux qui en semblent le plus éloignés, les questions d'ordre politique sont à chaque fois au centre du projet.
 
Les questions obsédantes qui les traversent en témoignent : comment s'invente le monde particulier et bigarré des Modernes ? Par quoi sont-ils possédés ? Peuvent-ils éventuellement se transformer et à quelles conditions ? Quelles responsabilités portent-ils à l'égard des désastres liés au Nouveau Régime Climatique ?
 
Les modes de pensée qu'ils célèbrent peuvent-ils être déliés des ambitions conquérantes qui en on fait de véritables machines de guerre contre les autres collectifs et l'entièrement autre : Gaïa ?
 
Résistance à des modes majoritaires du savoir (exprimés souvent sous l'appellation d' " épistémologie "), exploration des puissances de domination et de colonisation des esprits, construction de situations en vue de changements de sensibilité ou encore proposition d'autres modes de représentation : chaque texte de Latour est comme un appel à d'autres formes d'existences collectives.
 
Le texte " Pourquoi la critique est-elle à court de caburant ? ", qui reprend par ailleurs de nombreux éléments des textes antérieurs, est de ce point de vue absolument remarquable. Partant d'une intense inquiétude autour de l'apparition de nouvelles formes de complotisme, des " alternative facts " et du climatoscepticisme, Latour tentait de mettre en évidence l'impuissance, et souvent la complaisance, de certaines postures théoriques face à ce qui lui apparaissait déjà comme des directions dévastatrices des débats actuels.
 
Il n'est question, dans le texte sur la critique, que d'Idées ( Croyance, Réel, Savoir, etc.), d'abstractions et de modes de pensée. Prenant la pensée critique comme une perspective, il y interroge, à travers elle, certaines des grandes obsessions de la pensée moderne : la place centrale des faits, le statut de la croyance, l'anti-fétichisme, la peur d'être dupe, la capacité à inventer des schèmes de pensée qui deviennent de véritables puissances prédatrices.
 
Si la pensée critique est devenue, selon Latour, incapable de se positionner adéquatement, si elle engendre désormais d'innombrables confusions, c'est parce qu'elle n'a pas assez rompu avec les schèmes d'idées modernistes contre lesquels, justement, elle tentait de penser.
 
Le constat est rude : " Est-il si étonnant, après tout, qu'avec de telles positions données à l'objet, les sciences humaines aient perdu le coeur de leurs concitoyens et concitoyennes, qu'elles aient dû battre en retraite d'année en année, se retranchant toujours plus dans les étroites casernes que leur laissaient des doyens d'université de plus en plus près de leurs sous ? Le Zeus de la Critique règne en maître absolu, certes, mais sur un désert ".
 
POURQUOI LA CRITIQUE EST-ELLE À COURT DE CARBURANT ? DE BRUNO LATOUR AUX ÉDITIONS MÉTÉORES.