AVEC MALIKA, VÉRONIKA, HÉLÉONORE, WAYAN, CHRISTEL, JULIETTE, MURIEL, MACO, NAÏMA, SELMA.
Qu'est-ce qu'un arpentage ? J'ai trouvé cette réponse de la revue sociale Alter Échos :
L’arpentage trouverait ses racines dans les cercles ouvriers de la fin du XIXe siècle – même si nos premières recherches dans les archives de l’Institut serésien d’histoire ouvrière, économique et sociale n’ont rien donné… Peut-être parce que l’arpentage se vit plus qu’il n’est décrit? Parce que subversif, il est forcément tenu secret? L’histoire raconte donc que les ouvriers (et les ouvrières, nous ajoutons) «parcouraient à grands pas» (la définition d’arpenter, à côté de celle de mesurer) des livres auxquels ils n’auraient pas eu accès par ailleurs, à commencer par Le Capital, de Marx. Ce qui est sûr en revanche, c’est que l’arpentage est devenu une technique d’éducation populaire mobilisée par des ONG, associations et collectifs – le mouvement Peuple et Culture en est un pionnier – afin de se réapproprier le savoir collectivement et de nourrir l’action.
Extrait du livre de Nicolas Framont Saint Luigi :
L'action radicale ou violente apparaît comme une stratégie, consciente ou inconsciente, pour briser l'omerta médiatique. Il y a peu de moments dans notre histoire récente ou la parole a été autant donnée à des ouvriers, employés et indépendants que lors des mois qu'à duré le mouvement des Gilets jaunes. Dans un hypocrite acte de contrition collective, les journalistes français ont multiplié reportages et interviews de ces invisibles ( alors qu'ils étaient invisibles d'eux et de la bourgeoisie, pas des autres), qui ont eu le droit à la parole comme jamais ils ne l'avaient eue. Le niveau de détermination et de violence envers les biens (ronds-points, barrière de péage, sous-préfectures, beaux quartiers de Paris, etc.) a rendu le sujet incontournable : il fallait comprendre ces gens pour pouvoir entrevoir un début de " sortie de crise ", terme favori des journalistes, éditorialistes qui ne cherchent, quand un mouvement social est lancé, que les moyens de faire rentrer chacun chez soi pour rétablir la paix sociale.
L'affaire Luigi Mangione a produit le même effet : en se revendiquant de la colère des citoyens contre les assurances santé, le meurtrier présumé de Brian Thompson a déclenché une vague de témoignages sur les réseaux sociaux mais aussi, plus rare, d'appels à témoignages, d'enquêtes et de reportages sur les médias mainstream. L'assassinat a visé un individu, mais a mis en lumière médiatique un système : c'est le premier effet de l'affaire Luigi Mangione.
La mort de 45000 Américains par an ne semble pas émouvoir le système médiatique dominant. Il faut attendre qu'un bourgeois trouve la mort pour que l'attention journalistique apparaisse, qu'une soudaine prise de conscience dans les rédactions de tout le pays se fasse...
PHOTO : KENA BETANCUR.
LÉGENDE : Une femme porte une affiche à l’effigie de Luigi Mangione à New York, le 19 avril 2024.